Internet

Je me demande comment l’idée de cet article ne m’est pas venue plus tôt. En même temps, les attaques envers Internet se font un peu plus discrètes, je trouve. Elles existent toujours, ceci dit, et sont toujours aussi agaçantes et injustes. Le pire, c’est quand une millenial critique ! Là, ça m’a fait péter un boulon à nouveau.

internet-pic-1
publicdomainpictures.net

Il s’agit du passage d’Otessa Moshfegh, 38 ans, dans la rubrique « Les voix de l’Amérique », numéro 13 de la revue America. Ce qu’elle dépeint d’Internet est assez négatif et se rapproche de ce que les personnes plus âgées lui reprochent. Je vais répondre en partie et expliquer mon propre rapport à Internet.

D’ailleurs, je vais commencer par ça, histoire que vous cerniez bien quelle relation j’ai avec Internet. A la base, elle est très positive. J’ai commencé à y naviguer régulièrement en 2005 (mes os craquent…) et je n’ai pas honte de dire, ni ne pense exagérer, en disant qu’Internet m’a sauvé la vie. J’étais repartie pour 3 ans de harcèlement scolaire à ce moment-là et ça m’a permis de sortir la tête de l’eau, très clairement. Le cyberharcèlement n’existait pas encore, les réseaux sociaux n’existant pas ou étant encore balbutiants pour certains. A cette époque, Internet était une échappatoire (probablement moins aujourd’hui vu les histoires graves qu’on entend…).

Certes, ce n’était pas autant en lien avec le « réel » que certaines personnes l’auraient voulu car selon vos activités, vous êtes vraiment ailleurs : vidéos Youtube (oui, déjà), animés, scans de mangas, forums, fanfictions, fanfictions et encore fanfictions. Mais quand la réalité échappe à votre contrôle, que vous vous y sentez mal ou pas à votre place, vous vous réfugiez ailleurs. Ça peut être salutaire quand on a des idées suicidaires… Alors quand des personnes disent que ce n’est pas la réalité, j’ai envie de dire tant mieux. Ou étaient les adultes responsables ? Qu’ont-ils fait ? Rien. Internet a plus servi à quelque chose qu’eux. (on sent la rancune dans cette phrase) Je pouvais faire confiance à « Internet ». Pas à eux, qui rabâchaient des phrases vides de sens et blessantes du style « il faut les ignorer », « faut se secouer les fesses », « faut s’endurcir », « tu seras meilleure qu’eux, le karma les rattrapera » (alors là, loooool). Vous noterez qu’il y a beaucoup d’impératif dans la majorité de ces phrases. Excusez-moi d’avoir préféré la bienveillance. Des témoignages sur plein de sujets ont émergé et je me suis sentie moins seule dans ma différence.

Mon utilisation d’Internet aujourd’hui ? Moins frénétique qu’avant. J’ai ce blog, un autre qui parle de livres, je communique pas mal sur les réseaux sociaux et je lis quelques articles, regarde toujours des vidéos. J’écoute de la musique aussi, mais ça, ça n’a pas changé. Mais je suis plus distante, je suis moins sur l’ordinateur qu’auparavant.

Bref, je vais répondre à quelques points de ce passage d’Otessa Moshfegh qui regroupe une bonne partie de ce que je reproche à celles et ceux qui critiquent Internet.

A présent, notre rapport à Internet est devenu extrême : c’est là que nous nouons nos relations, c’est par là que nous accédons au reste du monde, et pour certains, c’est toute leur identité. Que tout cela se produise dans ce « lieu » nébuleux et abstrait peut nous couper totalement de la réalité dans sa dimension physique.

J’ai déjà répondu à ça plus tôt dans mon expérience personnelle. Quand tu es seule, seule, triplement seule dans la « réalité » (genre les gens qu’on rencontre sur Internet n’existent pas…), tu es bien contente d’avoir ce lieu pour trouver des personnes avec qui t’entendre, parler calmement, sans moqueries et insultes. On entend souvent que les relations sociales sur Internet n’en sont pas, et pourtant, j’ai développé des liens parfois forts avec certaines personnes, que j’ai parfois rencontré. Parfois, la force de ces liens n’était pas bien épaisse, elle se sont atténuées voire ont disparu… comme dans ce que vous appelez la « vraie vie », dîtes donc !

Bien sûr, il y a des gens qui sont plongés dessus toute la journée et j’en ai fait partie. Mais posez-vous des questions… Qu’est-ce qui en amène parfois certains à des extrémités, quitte à se déconnecter des relations sociales dans leur « vraie vie » ? Peut-être qu’on n’accroche pas à vos normes sociales, juste une piste comme ça… Être rejetée, devoir s’adapter à un monde social en portant un masque qui finira par tomber… C’est épuisant, j’ai essayé. On n’en a pas tous la force.

Internet a l’effet d’une drogue. En ligne, vous pouvez tomber amoureux, imaginer comment changer le monde ou devenir enragé. Tant d’extrêmes et de désillusion s’y mêlent… Je peux comprendre, même si j’ai 38 ans, mais je ne peux pas imaginer ce que signifie grandir dans un tel moment. Personne ne se sent en devoir de vous écouter, on peut vous insulter puis disparaître. C’est un lieu plein d’abus et de cruauté – il n’y a qu’à voir les statistiques sur le suicide des adolescents.

Loin de moi l’idée de faire d’Internet un lieu idyllique. Ce qu’elle dénonce existe bien : les gens qui vous ghostent, les personnes qui vous insultent gratuitement en sachant qu’il n’y aura aucune conséquence derrière, le cyberharcèlement, l’agressivité pas forcément hyper assumée mais un peu quand même, plein de choses ne vont pas. Franchement, y a eu plein de moments de forte tension dans des espaces de discussion, ou juste en regardant une vidéo, qui fait que tu dois prendre un peu de recul dans la « vraie vie ».

Je dois vous avouer que je me demande pourquoi les gens réagissent toujours à chaud alors que c’est justement une occasion de souffler un peu, de boire un verre d’eau comme disaient des membres d’un forum où j’étais auparavant pour calmer le jeu. Internet peut aussi augmenter la tendance à la passivité, notamment pour le militantisme. Il est utile mais pas qu’en ligne, ce que ne veulent pas reconnaître certains vu leurs réactions indignées et hostiles.

Internet exacerbe les défauts susmentionnés. Est-ce qu’ils n’existent pas déjà dans la dimension physique, comme elle l’appelle ? Bien sûr que si. Vous me direz donc qu’elle a un peu raison mais il y a un avantage avec cet espace qu’on n’a pas avec la « vraie vie ». On peut aller voir ailleurs assez facilement pour se reposer l’esprit. Par contre, dans la « vraie vie », c’est plus difficile, voire impossible, selon le contexte social dans lequel on se trouve. Certes, ce qu’il se passe sur Internet peut être dangereux, on peut prendre les choses très à cœur justement parce qu’on y cherche un endroit de liberté et parfois de bienveillance qu’on n’a justement pas dans la « réalité ».

Mais il ne faut pas croire que certains défauts qu’on a tendance à trop attribuer à Internet n’y soient pas aussi blessants, voire plus. Dans cette dimension qu’on appelle donc « réalité », il y a justement cet aspect physique qui rend les choses plus tangibles, plus solides, dont les blessures, les cicatrices.

Otessa Moshfegh admet ne pas pouvoir s’imaginer grandir dans un tel moment. Elle a mis le doigt sur la raison pour laquelle certaines personnes ne devraient pas critiquer Internet. Elles n’ont pas ce lien avec cet espace, abstrait certes, mais qui nous a permis à tous d’évoluer – positivement comme négativement. Bref, la vie, quoi. Mais autrement. On y a parfois une relation spéciale qui ne vaut pas moins que la « réalité ».

Si j’avais été présente, plus jeune, sur les réseaux sociaux, je ne sais pas si j’aurais pu développer une discipline créative. Je me serais tournée vers ce qui est populaire et non vers ce qui me distingue. La loi de la popularité a toujours été une réalité, mais c’est celle du plus petit dénominateur commun.

Le paragraphe qui a, selon moi, fait la preuve de sa méconnaissance totale d’Internet. Il m’a plongé dans l’incompréhension la plus totale au départ, mais très clairement, c’est cette observation qui a fini par s’imposer.

La loi de la popularité est le plus petit dénominateur commun dans la « vraie vie » ? Mon expérience d’ancienne harcelée dément complètement ce que cette autrice affirme. Et vu tous les témoignages que j’ai pu lire, et sans même s’agir de harcèlement, mon observation est partagée par pas mal de gens. (et je vous épargne sa sortie très stéréotypée sur les réseaux sociaux)

Je vais revenir sur le point qui m’a fait hausser les sourcils. Elle ne sait pas comment elle aurait pu développer de discipline créative avec Internet ? Ok, mais qu’elle ne prenne pas son cas pour une généralité car ce lieu a justement aidé pas mal de personnes à se discipliner, à s’améliorer, sur le plan du dessin, de l’écriture, de la couture, etc. Il y a plein de tutos de tous genres, de conseils, les gens ne sont pas que cruels, ils peuvent aussi être bienveillants, ils peuvent te donner un retour aussi superficiel que développé. Le nombre d’artistes présents sur Internet parce que les canaux plus conventionnels et officiels ne les acceptent pas, ou qu’ils refusent d’y être pour certaines raisons, pullulent. Peut-être qu’Internet a bridé la créativité de certains, il en a stimulé d’autres. Aurait-on pu voir toute cette créativité à l’œuvre sans Internet ? Je ne crois pas. Soit elle resterait cantonnée à l’underground, soit elle n’existerait tout simplement pas.

Bref, je trouve son observation très prétentieuse. L’autrice ne m’en a pas forcément l’air au premier abord mais je n’ai pas du tout apprécié son affirmation qui est fausse et dénigrante.

En conclusion, oui, Internet a ses gros défauts et je pense même que c’est de pire en pire sur certains points, notamment l’agressivité des échanges, la désinformation, le commerce et la logique capitaliste qui sont tout venus gâcher (sans compter le dark web mais ça fait depuis l’existence d’Internet et son accessibilité au grand public que ça cause des problèmes, que ça plonge dans les tréfonds les plus malsains de l’âme humaine).

Quand je parle de la logique capitaliste, je pense à la publicité qui a envahi tous les sites et qui est souvent la seule source de revenus des sites. Ce n’est pas gratuit pour rien (c’est pas que c’est vous le produit mais… en fait, si). Je ne vais pas développer ici car certains le font mieux que moi, il y a des dérives alarmantes, voire carrément menaçantes. Internet n’est plus ce qu’il était. (vous connaissez Aaron Swartz ? Il nous avait déjà alerté là-dessus à l’époque)

Mais au-delà de ces réactions inquiètes, parfois réactionnaires, je pense qu’il faut rappeler qu’Internet peut aussi être le salut de pas mal de monde. Sans lui, j’aurais sauté le pas du suicide tellement j’étais fatiguée du harcèlement. Internet a été la main qui m’a sauvé de la noyade.

De plus, malgré ce qu’on peut aussi lui reprocher au niveau écologique (non, la dématérialisation n’est pas un progrès sur ce point), c’est un formidable outil de communication et d’apprentissage. Très sincèrement, je serais triste de le voir disparaître parce qu’on est incapable de remettre en question notre mode de vie. Je considère Internet comme la meilleure grande invention après l’électricité et l’imprimerie, avec toute la subjectivité que ça implique, comme vous avez pu le lire auparavant.

Les critiques envers ce moyen de communiquer, de partager, etc, sont légion, et souvent légitimes. Mais je trouve qu’on ne s’attarde pas assez sur le positif que ça peut représenter aussi.

Quel est votre rapport à Internet ? (non, je n’ai pas parlé des réseaux sociaux, je pense qu’il faudrait un article entier pour ça, mais vous pouvez en parler en commentaires)

2 réflexions sur “Internet

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi! Je n’ai pas encore lu cet article, mais au vu des extraits que tu cites, je pense que je réagirai comme toi… Pour commencer, je trouve absurde de critiquer « Internet » comme si c’était une entité extérieure à nous sur laquelle nous n’avons aucune prise. Internet est un outil, certes indispensable aujourd’hui (comme l’électricité, hein), mais il joue le rôle qu’on veut bien lui donner. Oui, on peut s’en servir pour fuir la réalité – comme on peut fuir la réalité en se plongeant dans les livres ou dans la télévision, ce que j’ai fait pendant des années parce que justement j’ai grandi sans Internet. Et parfois, on a besoin de ça, ce n’est pas forcément un mal.
    Je suis plus âgée que la dame, j’ai passé mon enfance, mon adolescence et le début de ma vie adulte sans réseaux sociaux. Et pendant tout ce temps, je n’ai pas été créative et je n’ai pas osé assumer plein de choses, parce que je subissais la pression au conformisme qui n’a pas attendu l’avènement des réseaux sociaux pour exister, faut pas exagérer… Je suis beaucoup plus présente sur Internet depuis quelques années, principalement grâce à mon blog. Et ça m’a fait prendre conscience d’énormément de choses, ouvert des horizons que je n’imaginais pas. J’ai des personnes dont je suis proche sans les avoir jamais rencontrées, parce qu’on partage des intérêts que je ne peux pas partager avec mon entourage IRL. C’est très directement grâce à l’influence d’Internet si j’ai repris goût à réfléchir sur des oeuvres, si je me suis remise à écrire de la fiction, si je me suis intéressée à des sujets dont je n’aurais pas pensé qu’ils puissent me parler. Autant de choses qui m’ont permis d’être beaucoup plus équilibrée qu’à l’époque où je n’avais pas d’autres horizons que ceux que je voyais autour de moi. Alors je ne conteste pas toutes les dérives et les problèmes qu’on peut expérimenter sur Internet, mais là encore… C’est comme l’électricité: on peut s’en servir pour allumer une lumière, ou pour faire exploser des bombes. Le jour où on mettra autant d’énergie à éduquer les gens pour leur apprendre à se servir d’Internet en en évitant au maximum les dangers et à encadrer les pratiques des réseaux sociaux qu’à dénigrer l’outil, on aura fait un grand pas…

    Aimé par 1 personne

    • Oui, tu as raison, on peut très bien fuir le monde réel en lisant des livres… ce que j’ai fait ! Et comme toi, Internet m’a apporté beaucoup (bon, pour la créativité, zéro partout aha) Je trouve que cet article était bourré de clichés et d’incompréhensions… Franchement, j’ai cru que cette femme était plus âgée que 38 ans.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s