Journal d’un confinement – semaine 5 et 6

Du 13 au 26 avril

Les jours se suivent et se ressemb… Pardon.

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pixabay.com

Plus sérieusement, je note une différence. Je sature complètement de ce qu’il se passe. J’ai toujours la colère, l’envie d’en découdre mais c’est englué dans une sorte de brouillard qui me ramollit. Ça ne me fait clairement pas du bien, ce confinement.

L’angoisse et le manque de concentration sont toujours là. Plus que jamais depuis l’annonce d’un probable déconfinement le 11 mai qui semble de plus en plus tangible. J’ai parfois l’impression que c’est un peu un piège que Macron nous a tendu, en mode  » je l’ai dit, donc ce sera comme ça, pas moyen de revenir en arrière ».

Les enfants devront retourner à l’école alors qu’il ne faudrait pas selon les médecins et les scientifiques. Les enfants vont tomber malades, leurs professeurs, le personnel de vie scolaire, les personnes qui entretiennent les locaux, etc. Qui vont en contaminer d’autres. Et de nouvelles morts. Sur la conscience ? En ont-ils seulement une au gouvernement ? Quand on réfléchit en termes de chiffres, de statistiques, selon une façon de fonctionner qui est loin d’être celle de 90% des Français, on se demande.

L’hypothèse que ça permettrait de renvoyer les parents au turbin a forcément émergé. Plus tard, quelqu’un m’a dit que les taux de violences conjugales et familiales ont augmenté de manière significative et que ça permettrait aux enfants de souffler un peu. Quel cynisme. Dans tous les cas, on est coincés.

Les violences policières dans les quartiers de personnes racisées et les abus dans les motifs d’amende me font peur aussi. Ça n’augure rien de bon pour l’avenir, et parfois, je me demande : si les flics veulent le pouvoir, ils l’ont déjà, non ? N’oublions pas que plus de 50% d’entre eux votent RN, donc c’est comme si l’extrême-droite était déjà au pouvoir en partie, on a déjà un trop bon aperçu de ce que ça donnerait.

J’ai une très grosse envie de balayer tout ça et d’avancer, de voir ce qui ne va pas chez moi, de retourner à mon centre de soins. J’ai envie d’avoir des entretiens, des ateliers, avec le neuropsychologue, l’ergothérapeute, etc. J’ai l’impression que je ne peux rien faire tant que je ne suis pas au clair avec moi-même. Voilà, c’est dit, à moi-même surtout qui n’osait pas me l’avouer de peur de paraître stupide à mes propres yeux.

J’ai enchaîné des lectures d’essais mais ça y est, je commence à en avoir ras le bol. Ou presque. J’ai juste besoin d’une petite pause avec de la fiction. Mais aucune ne me donne vraiment envie, à part L’exil et le royaume d’Albert Camus. Mon auteur-compagnon pour la vie. Je n’exagère même pas. Et après ça, j’aurais sûrement repris des forces. Et je serai de nouveau apte à lire des essais.

Je disais plus haut que je sature. En effet, c’est assez flagrant sur une chose. Je fais une liste (toute personnelle et non exhaustive) par semaine depuis le début du confinement des nouvelles ahurissantes qui nous tombent dessus. Les semaines 5 et 6 ne sont pas très remplies. Les coups de massue des connards cyniques de ce monde ont fonctionné. Je n’en peux plus. Moralement, je suis fatiguée.

Par moments, je me sens amorphe. J’utilise une application depuis le début du confinement où j’enregistre quotidiennement mon humeur. Ce n’est pas catastrophique mais il n’y a clairement pas de quoi se réjouir. On voit bien que je ne suis plus dans le positif depuis quelques jours. Avant, ça oscillait au moins. Avant, j’ai vraiment eu de sales moments, mais aussi des instants où je souriais. Là, il n’y a plus rien à remarquer, plus de variations à observer. Toujours la même chose.

Je me sens seule. Même si j’essaie de parler avec d’autres gens sur Internet, que je me renseigne sur une possibilité de m’engager, j’ai aussi des problèmes qui me font me cogner à un mur et du coup, je me sens seule. Hypocrite de gueuler alors que je ne suis pas en capacité de faire les choses pleinement.

Bien sûr, j’angoisse toujours pour l’après-confinement, mais même si c’est toujours aussi fort, c’est devenu flou. Trop de choses à prendre en compte. Je suis perdue.

La météo fait toujours partie de ces éléments anxieux. Il pleut mais il n’y a pas assez de pluie ? Ok… Je brandis mon poing d’un air menaçant vers le ciel mais je sais que c’est inutile de faire ça. Je sais que les causes impliquent que je m’engage. Que faire, où aller ? Je ne peux pas être sur tous les fronts. Il faut se battre pour la planète mais les hommes sont indifférents aux femmes et à leurs droits, les vegans et autres antispécistes sont racistes et en échange, les antiracistes se moquent des animaux… (les personnes qui restent exclusives à leur cause en tout cas)

Je trouvais que ça remuait moins côté actualité et en échange, les militants se tapent sur la gueule. Ils ont tout compris, ceux-là.

Je m’inquiète pour l’après-confinement alors que tout a commencé, en fait. Les gens qui se déconfinent tout seuls, les entreprises qui réouvrent et qui obligent leurs employés à mettre leur santé en danger, les gens ET les entreprises qui ne respectent pas les mesures sanitaires… Flippant. Le nombre de morts n’est pas près de baisser. On me dit que je ne devrais pas m’en inquiéter autant, que tout va bien se passer. Vous comprenez mieux pourquoi je me sens seule ? (dans la vraie vie en tout cas)

Il est devenu quoi, le préavis de grève de la CGT ?

J’ai très envie de dormir en ce moment. Je bouge peu, certes, ça y contribue forcément. Mais malgré mes lectures d’essais, je pense que j’ai aussi un besoin de relations sociales. Étonnant de la part d’une solitaire. On notera que j’aurais tenu plus d’un mois sans que ça ne m’atteigne. Je fais un minimum honneur à ma réputation.

Mais mine de rien, ça stimule aussi. Et comme je ne peux évacuer ma colère nul part, en m’exprimant autrement, en partageant d’autres choses, en assistant à d’autres vécus ordinaires, ça me pèse plus que je ne le pensais.

Quand certains disent que ce confinement fait réfléchir sur soi, ça dépend sûrement pour qui (tout le monde n’en a pas la possibilité), mais c’est en partie vrai. En espérant que ça fasse aussi réfléchir sur ce qu’on va faire pour notre société.

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