Journal d’un confinement – semaine 3 et 4

Du 30 mars au 12 avril

Les jours se suivent et se ressemblent. A l’heure où j’écris, je me souviens vaguement de la troisième semaine. C’est pas plus mal, je me souviens un petit peu que c’était de la grosse merde, mais pas dans les détails. Déjà ça de pris.

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pxhere.com

Je me souviens avoir eu trois jours où j’étais au plus bas. Mes règles sont tombées le 1er avril, je n’ai pas trop aimé la blague qui n’en était pas une. La mélancolie a débarqué sans crier gare, elle m’avait pas manqué, celle-là. Cerise sur le gâteau, j’ai eu envie d’une relation avec un homme. Laissez-moi tranquille, je n’en veux pas, ne me forcez pas à proférer des propos misandres pour vous convaincre. Les hormones, c’est vraiment nul.

Ah si, je me souviens aussi qu’on a Internet de coupé jusqu’à ce que le FAI veuille bien envoyer un technicien. Mais tant qu’il y aura le confinement, il ne viendra pas. On va bien se marrer, dîtes-moi. Si je peux écrire cet article et le publier, c’est parce que je squatte sur une autre box (chuuut) mais j’ai une connexion limitée, donc au revoir mon programme de séries en streaming. C’était pourtant l’occasion parfaite.

En attendant, j’ai toujours mes livres. Ma PAL n’est pas prête de diminuer, c’est un peu flippant quand même. J’ai lu la philosophe Simone Weil (j’ai l’impression de me répéter sans cesse, mais non, pas celle qui a défendu la loi pour l’IVG), ça fait du bien une telle intelligence. Et puis même quand je suis en désaccord avec elle, pas envie de gueuler. Ça aussi, ça change.

En parlant de vouloir gueuler, le gouvernement continue à faire de la merde, notamment en libérant des migrants des camps où ils se trouvaient pour les faire travailler aux champs. Les articles qui en parlent n’indiquent pas s’ils sont payés. On n’a pas besoin qu’ils le disent car on sait que la réponse est négative, mais cette absence de précision sur ce point est intéressante. Au lieu de faire les hypocrites, on peut aussi appeler ça de l’esclavage, hein, comme ça, tout le monde comprend.

Je crois que ceux qui m’ont épaté (je n’utilise pas le féminin vu que ce sont tous des hommes), c’est les experts médiatiques, les présentateurs, certains invités. Entre Yves Calvi qui parle de « pleurniche permanente hospitalière » et les deux imbéciles (qui viennent du domaine de la médecine et de la recherche quand même) qui parlaient de tester des vaccins sur les Africains et les prostitués, on a atteint le fin fond de l’indécence. Et le pire, c’est de savoir que c’est loin d’être fini.

La colère dont je parle depuis… la première semaine, est là, toujours là, et je commence à comprendre qu’il n’y aura pas un seul jour de répit. Les insultes pleuvent mais je vais éviter de les partager ici. Ne rajoutons pas de l’indécence à l’indécence.

Je ne sais même plus ce qu’il se passe de par le monde en-dehors du coronavirus et des privations de liberté qu’on se prend dans la tête. Va falloir remédier à tout ça. Mais j’angoisse tellement de ce qu’il se passe au niveau national et européen que si c’est trop pour moi, je vais lâchement arrêter.

Avec ma mère, on fait une petite balade une fois par semaine et on a décidé d’aller dans des quartiers derrière chez moi. Si ça sent clairement la classe moyenne dans mon coin, ça pue la bourgeoisie à plein nez dans ceux qu’on a visité. Et ça me ramène aux personnes qui ne vivent pas dans cette opulence (vu certaines baraques et leur jardin, c’est carrément le mot…), qui n’ont même pas la chance d’avoir un petit espace extérieur, quel qu’il soit.

Mais ce n’est pas tout. Ça me jette dans la face tout ce qu’on entend sur les gens qui viennent dans leurs résidences secondaires, de nuit pour ne pas se faire attraper… Je ne sais pas quoi en penser. Je ressens une énorme colère, bien sûr, mais je pense que j’avais l’espoir secret que ces gens seraient plus raisonnables, moins égoïstes qu’ils ne le paraissaient au premier abord. Je m’étais trompée. Je ne sais pas quoi faire de cette information. La haine la plus pure me dicterait de leur faire payer dès le déconfinement mais je sens que cette réaction n’est pas saine. L’abolition des privilèges ne concerne pas que cette classe, elle concerne tout le monde. Bien envie de dire deux mots à Charles Consigny quand même (après l’avoir attaché sur une chaise car ce connard, comme tous les bourgeois dans son genre, n’écoutera pas une femme qui n’est rien de son plein gré, oh que non).

Je dors très mal depuis quelques jours. J’ai pourtant l’impression d’aller mieux la journée, mais peut-être qu’en échange, l’angoisse agit la nuit ? Elle est toujours là, je le sais.

On est loin de la fin du confinement mais j’angoisse de plus en plus. Que va-t-il se passer après ? Je n’angoisse pas de ce qu’il va se passer mais plutôt de ce qu’il ne va pas se passer. S’il ne se passe rien, il y aura de quoi s’en faire, car les capitalistes sauront quoi faire, eux. Ça commence déjà, voilà que le président du MEDEF nous demande déjà de faire des efforts à l’après-confinement. Qu’il commence déjà à le respecter, le confinement.

Je n’arrive même pas à être tant en colère que ça dans mes propos tellement ça me fatigue. C’est sûrement leur but, de donner des coups de massue de façon continue pour nous assommer, qu’on ne soit capable de rien.

Celles et ceux qui m’angoissent aussi, c’est les personnes contentes qu’il y ait du soleil tous les jours. Oooh les gens, il n’y a pas que les puissants de ce monde qui doivent ouvrir les yeux, vous aussi. Enfin, les riches les ont ouvert déjà depuis longtemps, ils en ont juste rien à carrer. J’en ai marre, et les plantes sûrement aussi, y a moyen de faire venir la pluie, là ? Quelle catastrophe… Et cette chaleur inhabituelle…

Je ne peux parler de cette angoisse à personne d’extérieur. On n’est jamais là pour parler politique, ok ? Terrain glissant, si ça te fait chier, tu te tais. Je me sens un peu seule, heureusement que je vois des gens qui ont encore de la force sur les réseaux sociaux.

Bon, au moins, ma mère a aimé Les Années d’Annie Ernaux. Je ne suis donc pas mauvaise conseillère.

4 réflexions sur “Journal d’un confinement – semaine 3 et 4

  1. Tu as l’impression de te répéter dans ton journal de confinement mais je trouve celui-là particulièrement fort.
    Pour le début de l’article quand tu parles d’une envie de relation, certes les hormones doivent jouer mais je pense (enfin, hypothèèèèèse) que le confinement a bien son rôle aussi. Y a des vides qui se font et des recherches pour les combler,e t on tend fréquemment vers ce qui ne nous convient pas en ce disant que ça peut être l’apport qui nous manque finalement. Enfin après peut-être que je projette mes propres soucis (plus que probables.)
    Bordel on est bien d’accord, c’est clairement pas un temps de début printemps ! C’est dingue de pouvoir se trimbaler en short début avril, mais nah les gens sont contents. Ca me blase.
    J’ai eu un certain privilège qui fait que je suis un peu caca côté confinement, parce que j’ai passé quasi le premier mois chez ma soeur parce que j’étais incapable d’être seule (le côté psy redébloque pas mal, déjà avant confinement, alors là j’étais en mode : looool je peux pas rester dans mon 20m² et surtout pas aller faire mes courses, pensée qui continue de me traumatiser alors qu’il ya moins de monde, mais… plus de contraintes, plus de regards, le faux pas est encore moins accepté, et dieu ce que l’anxiété peut rendre gourde ! ) mais là j’ai dû remonter à Limoges. Bon, après, je suis allée dans ma famille qui avait conscience du risque (même si c’était ma nièce et ma soeur qui avaient plus de chances de me contaminer, parce que ma nièce a le système de garde de l’école, comme ma soeur travaille à l’hôpital – d’ailleurs, bordel, le nombre de gens qui oublient qu’un hosto ça fonctionne pas qu’avec des soignants ), mais c’était pour conditions impérieuses, pas histoire d’avoir le jardin et de faire un doigt au reste, non. Mais pourtant j’ai tellement l’impression d’avoir abusé face à toutes ces personnes qui ont des soucis aussi et pourtant n’ont pas pu bénéficier d’une aide.
    Enfin bref. Le monde nous fait en tout cas un sérieux pied de nez. Je suivais l’avancée d’Ebola, parce que le 12 avril, ça aurait pu être la fin de l’épidémie, mais deux jours avant, un nouveau cas a été déclaré (alors qu’il n’y en avait pas eu pendant tout un mois.) Franchement, la Terre se rebelle parce qu’on a trop foutu la merde.

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    • Merci !
      Oui, pour l’envie soudaine de relation (qui a disparu), je pense que je me sentais mal et que j’avais besoin d’affection, donc tout connement, voilà (ça rejoint ton analyse).
      Mais grave, marre des gens qui se réjouissent du soleil ! (alors que je me réjouis les très rares fois où il y a de la pluie)
      Après, le fait que tu aies déménagé, ça te mettait plus en danger TOI que les autres dans ce que tu me racontes, et puis tu as bien fait, je trouve, ce n’est strictement pas comparable aux Parisiens qui se sont barrés en province… T’imagines bien que leur résidence principal, ça vaaa…
      Pas l’impression que la Terre se rebelle (j’aime pas la personnification de la planète ou de la nature) mais très clairement, on paye les conséquences de nos actes. (pour Ebola, je savais pas, je croyais que c’était fini…) Les bourgeois, je vais vraiment pas être sympa après le confinement, qu’ils soient prévenus. La lutte des classes, ils l’ont commencé mais pas dit qu’ils vont la gagner.

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      • Je ne sais pas le temps qu’il a fait chez toi ce soir, mais là, le temps a éclaté et c’est divinement bon ! Eclairs à gogo et pluie, ENFIN, c’est dingue de se dire que c’est la première fois qu’il pleut depuis début avril. (et le « ne te découvre pas d’un fil » alors ?)
        Certes c’est la circonstance atténuante, c’était à mes propres risques quoi, et même si j’avais des raisons… Mais face à d’autres, j’aurais pu rester dans mon studio et serrer les dents aussi car beaucoup n’ont pas eu cette chance.
        Cela dit, oui je comprends comparé aux bobo. D’ailleurs dans l’immeuble juste à côté de chez moi, je sais qu’une personne est partie faire son confinement ailleurs, son volet est fermé depuis plus d’un mois. Donc sauf si elle a confondu confinement et bunker…
        Je pensais aussi, et par curiosité j’avais été cherché en février ou mars, et finalement non mais c’était sur de bonnes voies, hélas…
        Il n’y a surtout pas intérêt qu’ils la gagnent ! Sinon, je perds clairement espoir là.

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      • Nous, c’est ce soir ou demain ! Hâte !
        Ben te sacrifie pas pour les autres, je te l’ai dit, clairement ton cas est compréhensible…
        Ah mais c’est sûr que ça va chier. Les soignants en ont ras la casquette, pour rester polie.

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