Être lente

Je pense que dans le fond, ce que je vais dire dans cet article sera incompris ou sous-estimé pour la plupart des lecteurs, mais la réalité est là : je suis lente.

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Panneau américain routier pour indiquer qu’il faut ralentir, Fry1989, Wikimédia Commons

Lente en quoi ? En général. Lente d’esprit, lente dans mes actions. Est-ce que ça me pose des problèmes dans la vie de tous les jours et au-delà ? Oh que oui.

Pour commencer, je rêvasse énormément. J’essaie vraiment de faire des efforts, de sortir de cette sorte de léthargie aux yeux extérieurs et j’y arrive la plupart du temps, mais les travers reviennent forcément à un moment ou à un autre. Enfin, je dis « travers » pour reprendre ce qu’en pensent les gens en général parce que ce n’est pas mon avis et c’est peut-être pour ça que ma lutte contre ça a aussi ses limites en plus de faire partie de mon mode de fonctionnement : j’adore rêvasser. Pourquoi voudrais-je que ça s’arrête ? Ça me fait du bien en plus, j’en ai besoin.

Du coup, on arrive au premier problème, bien que ça ne soit pas la seule cause dans mon cas : mon niveau de concentration qui se trouve être pas mal proche du zéro. Pas tout à fait, sinon je n’écrirais pas cet article, mais tout de même. C’est quelque chose de problématique, on m’a souvent reproché d’être ailleurs plutôt que d’être concentrée sur ce qu’on me dit, ce qu’on m’explique, ce que je fais. Croyez-moi, c’est difficile pour moi d’être pleinement concentrée sur quelque chose, même quand je sais que c’est important, je finis très souvent par décrocher. (il y a des chances que je n’écrive pas cet article de manière continue)

Les cours ? Euh, bah… Comment dire… J’étais très gênée quand j’ai dit un jour devant mes parents que j’avais du mal à écouter la radio car il me faut aussi un support visuel pour me concentrer dessus (ce qui n’est en rien une garantie d’ailleurs), mon père a compris un truc et m’a demandé : « Donc tu n’écoutais pas tes cours non plus ? ». Je vous avais dit que c’était gênant… mais il avait raison. Je décrochais au bout de… dix minutes maximum à peu près ? Et si j’arrivais à me reconcentrer sur le cours, c’était un miracle. (je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour passer mes contrôles et mon bac) Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Mais qu’est-ce que ça vient faire là, ce problème de concentration dans un article sur la lenteur ? Beaucoup de choses en fait.

Ne pas être concentrée, ça signifie donc ne pas tout écouter… et ne pas tout comprendre du premier coup. Et donc, demander de répéter. Qui a le temps et la patience de répéter dans le monde du travail où, comme l’a dit ma nouvelle conseillère Pôle Emploi, il faut être rapide partout ? Personne, et c’est bien là que le bât blesse. Mais ce n’est pas terminé.

Je ne suis pas très vive d’esprit. Aussi vexant et dénigrant (pour moi-même) que cela puisse paraître, c’est la vérité. Je vais devoir réfléchir un peu plus que les autres et, en plus de mon introversion et de ma timidité, je n’étais clairement pas assez rapide pour donner des réponses dans un cours, des éléments de débat dans une discussion. Ça vaut aussi pour la prise de décision, la pseudo-réactivité (tout le monde n’en a pas la même définition, ils me saoulent tous avec ça). Il faut dire que j’aime faire les choses correctement, que j’aime poser des questions pour faire au mieux, quitte à déranger la personne responsable. Je ne parle pas de perfectionnisme parce qu’il peut m’arriver de bâcler si ça me gonfle trop, mais en général, c’est parce que les consignes étaient pourries… Je ne suis pas censée lire dans les esprits des gens, sérieux ! La prochaine fois, je crois que je ferai n’importe quoi pour prouver que je suis réactive. Les gens ne seront toujours pas contents mais on ne pourra pas dire que je ne suis pas réactive.

En rajouter une couche ? C’est justement l’option que je vais suivre dans cet article ! On va passer au plan physique, bien qu’il soit probablement lié au plan mental. Je le répète donc une nouvelle fois : je suis lente. Dans mes gestes, en plus de ça, je suis très maladroite et les gens veulent que j’aille plus vite ? Ok, je veux bien, mais votre matériel ne va pas survivre, je vais prendre des décisions à la va-vite, etc.

Je ne me déplace pas assez vite, je ne fais pas les choses assez vite, je continue ? Non, vous avez compris. Et je n’y peux rien. On me dit « Fais des efforts » mais en fait, c’est déjà le cas assez souvent. Faut vraiment que je sois démotivée si ce n’est pas le cas et heureusement pour eux, je suis dévouée alors qu’ils ne le méritent pas. Bref.

Je vais donner quelques exemples rapidement histoire que vous compreniez : lente à manger (une demi-heure environ), lente à me préparer, lente à faire les papiers, lente à faire un truc « physique » (je ne suis pas du tout manuelle par-dessus le marché), lente, lente, lente. Souvent, on voit que j’hésite, que je ne sais pas faire, ça en rajoute une couche au phénomène.

En fait, je ne peux pas changer. Vous savez, ce fameux fatalisme qu’ils adorent en général invoquer, sauf quand il s’agit d’accepter des choses qui ne les arrangent pas. « Les » ? Le capitalisme et ceux qui y sont dévoués, qu’ils connaissent réellement le système ou non. Je suis déjà au maximum de mes capacités mais le capitalisme ne l’accepte pas. Et le capitalisme, il se trouve où ? Oh, il ne fait que composer le monde du travail, la structure même de notre société, il détermine comment on doit penser, agir. Je suis donc le vilain petit canard (ça ne change pas de d’habitude, dîtes).

Je disais donc, je ne peux pas changer. C’est mon rythme, mon fonctionnement, je suis déjà à fond et c’est angoissant de faire plus toute la journée (mon anxiété généralisée ne remercie pas les personnes rapides et valides). J’ai une force musculaire de mouche par-dessus le marché, alors ça ne fait que rajouter au fait que je sois inutile pour une majorité de personnes. Et quand j’ose aborder le sujet, je suis une geignarde. « T’as qu’à te muscler » J’essaie déjà de me muscler le cerveau avec mes livres, je ne peux pas être partout (je mens, faut absolument que je prenne du muscle). « T’as qu’à te forcer, c’est comme ça et puis c’est tout », autre dérivé de « Quand on veut, on peut » mais en plus autoritaire et fataliste.

Tout ceci fait que les gens me supportent moyennement, sur le court terme pour les gens rapides, sur le long terme pour les gens plus patients. Mais à un moment ou à un autre, ça casse (c’est rare quand ça n’arrive pas). Comme je ne suis pas comme tout le monde à cause de ma manière de penser, de ma très grande introversion et de mes passions, le fait d’être lente se rajoute à la liste des choses qui me rendent bizarre, « chelou », pas fréquentable. (pourtant, je suis d’une banalité sans nom) On se moque de moi (mais pas que pour ça, mais comme c’est le sujet de l’article…), ce qui fait que je m’éloigne dès que c’est possible. Heureusement, je sais mieux m’entourer aujourd’hui.

Au niveau professionnel, c’est encore pire : je suis carrément inadaptée. Pourtant, je suis polie, ponctuelle, souriante et on n’arrête pas de vous dire que c’est important, mais c’est parce qu’on part du principe que ces qualités ne sont pas forcément acquises pour tout le monde alors que la rapidité, c’est une obligation, tout le monde le sait, cela va de soi. On part du principe que t’es rapide, sinon bah… adios. On ne te le dit jamais ouvertement, mais on sait que c’est LA condition. Et quand on creuse, on finit par tirer les vers du nez.

Bref, je crois que c’est un des trucs qui me posera le plus de problèmes quand je trouverai un travail. Et pour l’estime de soi, c’est carrément une nuisance, vu qu’on te reproche d’être lente dès que tu en fais la démonstration. Bref, j’espère que vous êtes une personne speed : que la société capitaliste vous plaise ou non, vous pouvez au moins compter là-dessus pour ne pas trop vous faire remarquer.

5 réflexions sur “Être lente

  1. On m’a parfois reproché d’être lente, j’en ai beaucoup souffert, et je me demande si parfois ça ne m’a pas rendue encore plus lente justement ! Le monde va beaucoup trop vite pour moi, et j’ai besoin de faire les choses correctement et à mon rythme. Je me retrouve dans pas mal de choses que tu as écrites du coup !

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  2. Je ne me considère pas comme lente, mais il y a un certain nombre de points dans lesquels je me retrouve quand même… le manque de répartie, d’abord: je suis mauvaise en discussion, je ne trouve pas sur le moment les bons mots, les bons arguments, je peux vite être paralysée par la timidité. Du coup je préfère largement m’exprimer par écrit, ça me laisse le temps de réfléchir et de poser les choses. Mais j’ai régulièrement l’impression de passer pour une idiote en réunion parce que c’est là qu’il faut être percutante. Et ensuite, je suis pour le coup vraiment lente pour toute activité manuelle, et incompétente en plus vu que j’ai deux mains gauches, zéro coordination et une force de poussin.

    Après je crois que faire les choses vite et bien, mine de rien, c’est plus rare qu’on croit; souvent c’est plutôt vite et (pas trop) mal. Alors j’espère que tu vas trouver des personnes qui verront que faire les choses lentement mais consciencieusement, dans certains domaines, ça peut aussi être un atout!

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    • Les réunions ou les discussions en groupe, c’est le pire. Plus le nombre de personnes présentes augmentent, plus je me tais. Mais ça, c’est l’introversion plutôt.
      Sinon, la dernière phrase de ton paragraphe me parle, j’ai aussi zéro coordination, ma kiné n’en revient pas, aha.

      Ben en fait, je suis entourée de gens qui font vite et bien, donc je passe pour une grosse nouille. Je l’espère aussi du coup, c’est très blessant qu’on te renvoie sans arrêt à ça !

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  3. A chaque fois je trouve ça dommage que tu ne publies pas plus par ici, à chaque fois je trouve tes articles super intéressants !
    Enfin bon, on en avait déjà un peu parlé, et tu sais logiquement que je suis lente aussi avec une mauvaise concentration. Encore, avant, c’était mieux, mais là, on dit merci l’épisode dépressif bien long qui a rétamé mon cerveau, qui a détruit ce qu’il me restait de concentration, et comme je n’ai rien pu faire pendant longtemps, bah je fais tout lentement, encore plus qu’avant. Le pire, c’est vraiment la lecture pour le coup. Mais après ça me convient aussi parce que, comme j’ai fais beaucoup, en masse, et rapidement, et que ça m’a amenée au burn-out, baaaaaaah finalement c’est prendre soin de moi. Et je sais que cela posera problème, c’est bien pour ça qu’être freelance m’arrangerait : je pourrais planifier en fonction du temps de travail que j’ai besoin, avec les pauses nécessaires pour être apte à travailler.
    Je n’ai pas encore pris de renseignements là-dessus mais une conseillère que j’ai vu à la Mission locale m’a suggérée de voir si je pouvais pas faire un dossier MDPH. Je ne sais pas les conditions, mais peut-être que tu pourrais en bénéficier avec ton suivi psy, et que cette lenteur serait moins un handicap ?

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