Journal d’un confinement – semaine 1

16 au 22 mars 2020

J’en ai marre de voir des récits quasi idylliques du confinement. Pas que je ne sois pas privilégiée moi-même : je suis confinée car sans emploi (ok, on va dire un semi-privilège) dans une maison avec jardin, avec mes parents. Et j’ai un chat (oui, c’est un double privilège, ça).

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pxhere.com

Les journées se passent. Je suis une solitaire, j’aime rester chez moi d’habitude, donc je tiens bien le coup. Mon incompréhension est totale face aux témoignages de personnes extraverties qui n’en peuvent déjà plus au bout du troisième jour de confinement mais aussi un sentiment de revanche face à tous ces gens qui ont critiqué mon style de vie, qui ont craché dessus, qui ont dit que j’étais nulle et une personne inintéressante. En attendant, je gère mieux le confinement qu’eux.

Bref, laissons tomber tous ces crétins qui pètent un plomb au point de sortir malgré le risque de se prendre une amende (et de se mettre en danger, soi et les autres, mais je ne suis même pas sûre que cette idée en effleure certains).

Non, ce qui me fout dans une rage folle, c’est : le gouvernement. Et les flics et les validistes et… non, attendez, il y a trop de gens. Mais surtout eux, quoi.

Leur gestion de la crise sanitaire est catastrophique. Ils savaient depuis janvier que ça allait devenir un putain de problème, tout ça, et ils n’ont rien fait. Et ça critique les gens qui ne restent pas chez eux alors qu’ils ont envoyé plein de messages disant le contraire. Et Brigitte Macron qui se balade et qui est choquée que d’autres sortent aussi. Rentre chez toi d’abord, non mais. J’espère que ses gardes du corps visiblement immunisés au virus (non ?) sont bien payés.

Et tous ces précaires qui bossent encore parce qu’il faut faire tourner l’économie. Si j’étais une personne « normale » selon leurs critères, j’y serais aussi, au turbin (je pense énormément aux caissières). Et tous ces soignants qui bossent sans argent supplémentaire débloqué parce qu’il n’y a pas d’argent magique, sauf pour les entreprises, vous comprenez. D’ailleurs, on va remettre en cause les 35h et les congés payés pour les aider parce qu’ils en ont bien besoin. Les soignants, non, ils n’ont pas besoin d’aide, des applaudissements et des bisous virtuels suffiront. Se faire rémunérer par la simple reconnaissance, vous ne connaissiez pas ? Certains autoentrepreneurs et artistes connaissent déjà. Ça fait « start-up nation« , vous comprenez. Soyez modernes.

(ça pue la révolution sociale à la fin du confinement)

Bon, je coupe un instant cette verve politique un peu colérique pour revenir sur le quotidien. Moi, ça va. Je lis, je colorie, je sors dans le jardin au soleil, je câline mon chat, je discute avec des gens sur les réseaux sociaux.

Je sais que je suis privilégiée. Ça tombe aussi au bon moment, on va dire. Si ce confinement était arrivé au moment où j’étais encore étudiante, j’aurais dû rester seule pendant un mois (vous y croyez encore aux 15 jours ? C’est mignon) dans un appartement étroit, très peu lumineux, pas du tout insonorisé. J’imagine celles et ceux qui vivent dans ces conditions, avec de l’insalubrité parfois en plus, et un loyer à payer quand même. Quelle horreur. Et surtout, quelle honte.

J’espère que vous pouvez ouvrir la fenêtre pour prendre l’air et faire entrer quelques rayons de soleil. J’avais pas cette chance à ma résidence étudiante, étant orientée nord-ouest et ayant un énorme bâtiment pour vue. Je me demande comment ça se passe pour les personnes qui sont obligées d’y être. Je pense notamment aux étudiants étrangers. Je me souviens de filles antillaises qui restaient même l’été parce qu’elles n’avaient pas les moyens de retourner chez elles.

Je traite certains de crétins plus haut mais ça m’agace qu’on généralise à dire que les « Français » sont indisciplinés et sortent quand même. Ce n’est pas vrai. Le jeudi, je suis sortie deux fois (l’une pour les courses, l’autre pour un rendez-vous médical), dans des zones opposées de la ville et je n’ai vu quasiment personne. Quelques voitures, quelques piétons, et encore. On se serait presque cru un dimanche. Le confinement est respecté par la majorité. Allez foutre des amendes aux vrais connards, pas à ceux qui sont dans le besoin et dont la tête ne vous revient pas (on se demande lesquelles…).

A part avec mes parents (et c’est parfois tendu avec mon père, on s’est déjà engueulé à plusieurs reprises), je n’ai pas de contact social direct. Même pas de voisin à saluer (ou de loin) parce qu’on vit dans une maison. Dans un immeuble, les interactions seraient un peu plus fréquentes, mais là, rien. Je ne m’en plains pas car, comme je l’ai dit, je suis solitaire, mais du coup, la solidarité tant vantée par certains, je ne la vois pas, je ne la vis pas. Je lis vos témoignages du coup, ça m’apporte un sourire. Dans les dents, l’individualisme.

Je pète un plomb. Samedi soir, j’ai fait une liste de tout ce qui n’allait pas cette semaine et je suis arrivée à lister 20 faits. Pour des raisons qui me regardent, j’étais fatiguée, j’avais mal à la tête, je n’arrivais plus à me concentrer sur un livre, j’avais l’impression d’être bête à manger du foin. Mais visiblement pas assez bête pour ne pas être en colère, voir toutes les couleuvres qu’on a essayé de nous faire avaler.

J’essaie de me trouver des moments de pause, de me détendre un peu. Tout cet afflux d’angoisse, je ne gère pas très bien, même si je ne le montre pas, à part à travers mes quelques « Quoiii ? » agressifs quand mes parents m’adressent la parole. J’esquive les nouvelles, les publications militantes, je lis un livre sur l’observation dans le milieu de la nature, je colorie encore et encore. J’écris cet article. Oui, bon.

Certains écolos, je n’en peux plus. Ça fait déjà un moment, l’épidémie venait juste de commencer en Chine. Les émissions de CO2 ont diminué car les activités humaines se sont quasi toutes stoppées là-bas, et voilà que ça applaudit. On parle de gens qui meurent, qui souffrent… Mais ça n’a pas l’air d’atteindre celles et ceux qui considèrent que l’espèce humaine est un problème irrattrapable. Ils ne se bousculent pourtant pas au portillon pour se faire seppuku, vous remarquerez. Ils attendent que des gens meurent, surtout pas eux, et si ce sont les plus précaires qui y passent d’abord, buarf. Bref, l’unité des écolos, collez-la à votre cul. Vous en aurez besoin, on va vers une pénurie de papier toilette à ce rythme.

Et l’accès à l’IVG qui ne serait pas un acte chirurgical urgent selon le gouvernement… Ils veulent vraiment les féministes dans la rue à la fin du confinement. Quand on va connaître le nombre de femmes battues décédées sous les coups de leur conjoint sans solution de s’en sortir à cause du confinement, ça va gueuler un bon coup aussi.

Je suis à un centre de soins psychiatrique (je sens que le commentaire qui va me traiter de « folle » va sortir) un peu particulier et si je fais partie des personnes qui n’ont aucunement besoin de s’y rendre pour le moment (je ne souffre pas de la solitude à cause du confinement, pas assez à mon goût d’ailleurs…), je me demande comment ça se passe pour les autres patients. J’espère qu’ils vont bien.

Ma mère a lu L’Étranger, puis La Peste d’Albert Camus. Ce sont des livres qui font réfléchir et ce n’est pas son truc (elle n’a pas réfléchi) mais elle a bien aimé. Elle a même ri en lisant L’Étranger. Meursault n’est pas un personnage qui laisse indifférent, en effet. Je suis contente qu’elle lise et qu’elle apprécie mon auteur préféré, même si elle n’en a pas vu tout le potentiel. Pas grave. Ce confinement a aussi ses bons côtés. On verra par la suite.

Beaucoup de colère, rien de bien constructif. J’espère que j’arriverai à en tirer quelque chose au bout d’un mois. Pour l’instant, c’est de l’émotionnel pur, de la rage, couplé à des moments de détente tout de même. Je ne sais pas si le prochain article sera plus positif, plus négatif, ou égal à celui-ci.

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